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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/269

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tique tant il est sacré pour les imbécilles de ce temps.

Misérables civilisations, après tout, qui, là où, comme chez les Incas, elles furent le plus brillantes, n’étaient guères que des Barbaries, avec quelques côtés splendides, telles qu’elles le furent partout dans le monde idolâtre. Je viens de le dire, mais il faut insister : c’est avec la notion de Dieu qu’on fait les civilisations. Pour qui sait les annales du genre humain et qui a la tête assez forte pour y lire sans être aveuglé, il n’y a qu’une civilisation qui mérite ce nom de civilisation, si c’est un si grand honneur que de le porter, et c’est celle-là qui est sortie de l’Évangile et du Christianisme pratiqué. A côté de celle-là, toutes les autres civilisations disparaissent, ou plutôt elles apparaissent toutes, et même celles que les esprits comme Faliés estiment les plus grandes, comme des Barbaries plus ou moins glorieuses, plus ou moins savantes, plus ou moins artistes, mais, au fond, sous cette fleur de gloire, de science ou d’art, d’épouvantables Barbaries. Campez-vous où vous voudrez dans l’Histoire, jusqu’à l’avènement du Christianisme, cette grâce surnaturelle pour les nations comme pour l’homme, le monde tout entier n’est qu’un fauve. Les arts, les sciences et la richesse, qui ornent plus les mœurs qu’ils ne les adoucissent, ont fait parfois donner gracieusement la patte à ce tigre, mais il n’y a que le Christianisme qui lui ait fait rentrer sa griffe et qui l’ait apprivoisé. Le Christianisme a donné aux nations plus que cette