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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/231

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Comme celui qu’il a si grandement haï, chez qui il y eut deux physionomies : — celle du Consul, aux longs cheveux, et celle de l’Empereur, la médaille césarienne, — Joseph de Maistre n’eut pas deux temps de physionomie. Il n’eut pas celle du Consul et de la Jeunesse ; il n’eut que celle de la maturité et de l’Empereur. Il ne se fit point devant le public ; il n’eut ni accroissements ni changements qu’on puisse constater ou suivre, comme beaucoup d’autres esprits, qui se transforment devant nous dans l’action même de leur talent. Sa manière de procéder est plus profonde, et j’oserai dire plus chaste. Si son talent n’a pas jailli d’un bloc, il ne s’est montré que quand il a été bloc, c’est-à-dire, pour parler plus littérairement, quand il a réuni en soi tout ce qui fait l’unité de la force et la perfection de cette harmonie que Platon compare à une sphère !

Dès le premier jour, le talent de Joseph de Maistre a été incommutable, même à lui-même ! Malgré les différences qu’on a cru voir entre le de Maistre qui parle à cet être abstrait et sans visage, le public, et le de Maistre qui parle à ses amis ou à ses enfants, aux visages qu’il aime, il y a pour le vrai critique le de Maistre de toutes les Correspondances dans le de Maistre des Œuvres, et j’en atteste particulièrement les Soirées de Saint-Pétersbourg ! Chez ce pur et grand et bel écrivain, c’était, comme chez une femme d’une beauté souveraine, — d’une beauté Borghèse, — c’était la même