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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/209

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passions toutes seules d’Henri IV auraient aussi sûrement défaite que le poignard de Ravaillac, qui termina tout en une fois. Malgré le peu de pente de l’esprit tout politique de l’auteur de Gabrielle d’Estrées à regarder du côté des causes morales, qui sont les influences décisives de l’histoire, cependant il ne peut s’empêcher de dire à plus d’une place de son ouvrage que les nombreuses amours publiques de ce chef d’État durent choquer si profondément l’esprit religieux et les mœurs de son siècle, que, son système politique eût-il réussi, il fût tombé par là encore !

Et, de fait, il en choquait, le croira-t-on ? même les mœurs militaires. Le XVIe siècle était resté chevaleresque jusque dans la cruauté des guerres civiles et la corruption des Valois. Henri, que les gravures du temps représentent sous la figure d’un bouc, Henri, le Faune couronné, n’était pas seulement le libertin affolé qui courait après toutes les femmes, au dire de toutes les chroniques de l’époque, de tous les mémoires, de toutes les chansons. Il avait une manière d’être libertin pire que son libertinage, car elle faisait de lui je ne sais quel abject personnage de comédie. Or, la gaîté qu’inspire un homme est toujours voisine du mépris. En amour comme en religion, avec les femmes comme avec Dieu, ce prince était le plus grand donneur de paroles pour ne pas les tenir qui ait jamais existé, alors que la fierté de la parole donnée existait encore, et que l’outrage