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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/197

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II y tuait à profusion des animaux de toute sorte. Il faisait lui-même, par semaine et par mois, le compte de tout ce qu’il avait abattu, et ce compte s’élève pour une année à huit mille quatre cents têtes de gibier. C’était de l’habitude sans doute ; mais, quand on réfléchit aux mille délicatesses dont se compose la moralité humaine, que penser de l’homme qui s’est fait un besoin d’abattre tous les jours un troupeau qu’on pousse à ses pieds, de ce roi qui n’a jamais porté l’épée militaire et qui s’en va, les mains noircies par sa forge, faire de tels carnages dans ses forêts ? »

À coup sûr, on a rarement dit, d’un ton plus grand, des choses plus petites ! On a rarement peint (car ceci est de la peinture historique) des choses plus vulgaires avec un plus noble pinceau, et l’on n’a point résolu mieux, depuis Murillo, le difficile problème de faire tomber sur de la vermine un jour d’or !

V

C’est que le peintre, en effet, domine tout dans cette histoire. Il y a le penseur, il y a même le rêveur, car Renée rêve à Turgot plus de grandeur qu’il n’en avait et à Necker plus de vertu. Il y a l’homme d’esprit, il y a l’homme politique, l’homme politique sceptique