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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/195

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Eh bien, c’est cette répugnance instinctive aux plus forts que Renée n a point écoutée ; c’est cette difficulté qu’il a vaincue ! Il a mis la main de l’Histoire à l’homme sanctifié par le sang, et il ne l’a pas profané en nous le montrant tel qu’il fut, car la lumière qui tombe sur un objet ne le profane pas ! Il a été le peintre à fond de ce triste roi ; mais en le peignant ressemblant, non plus à faire peur, mais à faire pitié, il a agi comme les grands peintres qui, à force d’art, savent idéaliser les réalités les plus basses, et ici ce n"est plus magnanimité d’historien, c’est de l’art, l’art de l’homme qui sait écrire. Ouvrez où vous voudrez ce livre de Louis XVI et sa Cour, et voyez si partout l’écrivain, l’écrivain dont nous avons parlé au commencement de ce chapitre, ne fait pas descendre l’expression comme la lumière sur les côtés les plus ravalés de ce caractère tout à la fois inerte et brutal, sur cet homme épais, tout physique, qui oubliait son métier de roi dans des métiers mieux faits pour lui !

« Louis XVI — nous dit excellemment Renée — aimait à transporter lui-même dans les combles de son palais, où il travaillait, son enclume et ses lourds ustensiles. Il soumettait sa constitution robuste à toutes ces opérations, et comme tout en lui tendait à descendre, son plus grand amour-propre était peut-être d’y exceller ! » Et ailleurs : « Les traces qu’il gardait de ses occupations grossières, ses postures et ses formes pesantes, jusqu’à son