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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/190

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comme nous l’a peint Renée, suffit parfaitement pour faire comprendre les impossibilités de ce règne que la Révolution interrompit. Avec Louis XVI tout seul, et sa cour est une partie de lui-même, l’historien a assez de lumière pour regarder, bien voir et conclure… L’histoire est rarement aussi claire. Le plus souvent on a besoin, pour en expliquer les catastrophes et les infortunes, de recourir aux idées des hommes désorientés par le malheur suprême, à ces idées qui sont comme les planches de salut qu’ils saisissent quand ils ne comprennent plus rien aux faits de la vie dans le naufrage de leur raison : logique des événements, justice de Dieu, Providence ou hasard, lois mystérieuses qui régissent le monde !

Mais pour Louis XVI et avec Louis XVI, on n’a besoin que de son action même. Cet homme est en histoire une simplification terrible. Il dispense des philosophies. Par respect ou par pitié pour lui on s’obstine à croire que tout le mal ne vient pas de ses fautes, et, de fait, il n’en vient pas uniquement non plus. Il y avait, qui ne le sait ? qui n’en a pas fait le compte cent fois ? il y avait, pesant sur sa couronne, une accumulation, un entassement affreux de fautes séculaires. Mais cette vue, qui lui communiquerait de sa grandeur et l’envelopperait d’innocence, cette vue qui, du moins, serait une excuse à balbutier pour lui devant l’Histoire, on est obligé d’y renoncer dès qu’on étudie sérieusement le règne de ce malheureux prince,