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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/175

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Grange-Chancel mourut tout entier, même de son vivant, même avant que le fossoyeur Fréron lui eût jeté sa pelletée d’éloges ! Accablé par la méprisante clémence du duc d’Orléans, qu’il avait platement invoquée, souffert en France après son exil, il écrivit quatorze tragédies illisibles maintenant, et c’est de dessous ces quatorze blocs, roulés par lui sur sa mémoire, qu’il décocha, vieillard, çà et là, quelques flèches satiriques encore, qui n’atteignirent pas plus que le trait du vieux Priam épuisé… Il avait quatre-vingt-un ans quand il mourut.

On se rappelait surtout à Périgueux, dont il a écrit l’histoire pour la marguillerie, qu’il avait été autrefois l’Archiloque de la Régence, mais les iambes de cet Archiloque, qui eût pu en dire un seul vers ?… Saint-Simon les avait vantés, il est vrai, mais ce grand prosateur, comme M. Jourdain, sans le savoir, n’était pas une autorité littéraire ! Le Régent en avait pleuré, mais les libertins qui soupent trop ont parfois la fibre molle le lendemain ! Et quant à Fréron, il n’en eût peut-être rien dit si La Grange n’avait pas blessé Voltaire, en préférant à son Œdipe l'Œdipe de Corneille. Parce que Fréron en avait parlé peut-être, les écrivains qui font queue à Voltaire n’en avaient dit mot. Ils avaient pourtant, dans ces derniers temps, déterré toutes les malpropretés du XVIIIe siècle. Ils les avaient lavées, brossées vigoureusement et étendues comme des gloires aux yeux du public, ces