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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/174

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À cette époque, le mot national n’était pas encore inventé, mais provisoirement il fut classé parmi les plus grands poètes, et non pas seulement par les Prud’hommes du temps, mais par les premiers, les esprits les plus difficiles et les plus forts. Écoutez Saint-Simon, ce grand écrivain de passion et d’imagination, quand il en parle ! « Tout ce que l’enfer peut « vomir de plus faux — dit-il des Philippiques — y « était exprimé dans les plus beaux vers, le style le « plus poétique, et tout l’art et l’esprit qu’on peut imaginer. » Quand il arrive aux affreux passages où le Régent est accusé d’empoisonnement : « L’auteur — « ajoute-t-il — y redouble d’énergie, de poésie, d’invocations, « de beautés effrayantes, de portraits du « jeune roi et de son innocence… d’adjurations à la « nation de sauver une si chère victime, en un mot, « de tout ce que l’art a de plus fort et de plus noir, de « plus délicat, de plus touchant, de plus remuant et « de plus pompeux… » Ce n’est pas tout. En lisant ces vers, si magnifiques au dire de Saint-Simon, le Régent, si indifférent d’ordinaire, retrouva et versa des larmes, et plus tard Fréron, l’âpre critique, moins explicite que Saint-Simon, parla lui-même, dans son Année littéraire, de cette poésie avec respect !

Ainsi, à ce qu’il semble, c’est complet ! Il ne manque pas une carte à ce château de cartes d’une gloire qui croula silencieusement un jour, — comme un château de cartes abattu sans que personne ait soufflé ! La