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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/152

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Et que disons-nous ? Se voile-t-elle ? L’intérêt de l’ouvrage que nous examinons, de ce livre si impartial et si fidèle, ne touche-t-il pas à la tristesse ?… Quand on l’a lu, n’est-on pas tenté de désespérer ?… Certes ! il y a, dans ces deux volumes sur le Christianisme en Chine, assez de sublimités dépensées par le génie et la foi de la Chrétienté pour réussir vingt fois dans la conversion de ces masses d’hommes qu’elle s’est proposée, et jamais pourtant la réussite n’a été possible. En un clin d’œil ces chrétientés, pour parler comme les missionnaires, établies à Macao, à Canton, et même à Péking, ces espèces d’édifices élevés dans le sang des martyrs et dans l’effort d’un prosélytisme divin, se sont écroulées comme des châteaux de cartes, au contact du plus misérable événement. Pour que toujours, à toute époque, les choses se soient passées ainsi, ne faut-il pas qu’il y ait dans cette Chine, dont c’est là l’éternelle histoire, des faits d’un ordre providentiel, mystérieux et terrible, peu aperçus du commun des historiens, mais pourtant comme il s’en rencontre à certaines places dans les annales du genre humain… Pour les peuples, ainsi que pour les hommes, la grâce méprisée — longtemps et obstinément méprisée produit l’endurcissement, l’aveuglement, l’impénitence. Il y a certainement des damnées parmi les nations. On les croit vivantes et elles semblent vivre ; elles ont des sciences, des gouvernements, des littératures, des industries ; elles sont encore des sociétés.