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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/120

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ce cadavre quand on le met sur ses deux pieds, et viennent tout à coup se ranger autour de lui comme dans sa vie, — comme, dans Shakespeare, les victimes autour de Richard III. Seulement, ici, les victimes sont remplacées par les bourreaux ! Philippe de Kœnigsmark, — dont l’Hisloire n’a dit qu’un mot et à voix basse, car le métier de l’Histoire est de tout savoir, et la honte d’ignorer se mêlait pour elle à l’ignorance et au mystère, ce héros byronien, avant Byron, qui disparaît comme Lara ou comme le Corsaire, dont les uns disaient qu’il avait été jeté dans un four par la jalousie de Georges Ier, roi d’Angleterre, et les autres qu’il avait été enterré sous une des feuilles du parquet de sa royale maîtresse, Sophie-Dorothée, — Philippe de Kœnigsmark sort enfin des ténèbres qui pesaient sur son tombeau, et il en sort avec tout un monde que l’Histoire n’a pas vu, dans l’éblouissement d’une époque qui nous a trop longtemps aveuglés de sa gloire et qu’il faut aujourd’hui savoir juger !

Et cette époque, le croira-t-on ? c’est le XVIIe siècle. Et ce monde, c’est l’Allemagne, l’honnête et pure Allemagne, comme on dit. L’Allemagne, à la fin du XVIIe siècle, présentait — on a l’air de rêver comme elle quand on écrit de pareilles choses ! — un spectacle de corruption dans les mœurs et d’athéisme dans les idées fort peu remarqué par les historiens d’alors, et qui rappelait presque l’Italie du siècle précédent. Sur ce point, le livre de Blaze de Bury, qui a fouillé