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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/108

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lancolie, — la sensation de ce qui est éternellement beau, et de ce qui va s’évanouir. Il y avait là pâture pour l’imagination et pâture aussi pour le sentiment de l’Histoire. Nous comprenions bien que ce dernier panorama du désert, que ces dernières fantasias d’un peuple équestre et nomade, seraient un spectacle que ne verraient pas nos enfants ; mais nous nous disions aussi que toute cette poésie qui doit céder à la prose, que ces mœurs éloquentes qui seront un jour — un jour plus prochain qu’on ne croit, — remplacées par les habitudes étriquées et plates des temps modernes, auraient du moins ici leur daguerréotype ineffaçable et fidèle, et que l’image qu’elles y auraient laissée en consacrerait le souvenir.

Telle, pour nous, était surtout la valeur des livres de Daumas. Pour nous, c’était le plâtre, posé d’une main d’artiste, pour en garder l’empreinte, sur le visage d’un peuple qui va expirer ; car se transformer sous l’action du vainqueur, pour un autre peuple, c’est mourir. Qui voudra connaître les derniers jours de la vie arabe lira Daumas, et qui pensera à ce noble peuple, à cette perle de peuple que nos mœurs occidentales vont dissoudre, pensera à ce qu’il en a raconté. La nécessité de l’Histoire, obligée d’emmagasiner tous les documents dont elle vit, autorise donc pleinement une nouvelle édition qui embrasse ses œuvres complètes. À cette raison de tous les temps s’ajoute une raison de circonstance plus haute que l’intérêt de