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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/107

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Mais il y trouverait mieux que le renseignement. Il y trouverait l’émotion ; il y trouverait la poésie elle-même. Ses œuvres sont les récipients d’une poésie qu’il n’a pas créée, il est vrai, mais qu’il a énergiquement réfléchie. Elles sont, dans leur prose élégante et svelte, des Orientales bien autrement profondes que les Orientales de Victor Hugo. On y sent la vie observée, la vie vraie, qui battra toujours la vie rêvée, et la poésie des réalités, qui l’emportera toujours sur la poésie de seconde main, la poésie des mots et des livres. Quand nous lûmes pour la première fois les livres de Daumas sur les Arabes, nous éprouvâmes quelque chose que nous n’avions plus senti depuis les poèmes de Lord Byron et la publication des chants grecs de Fauriel. Cela nous enivra de cette poésie vierge et primitive, si puissante sur les palais blasés que nous ont faits les vieilles littératures compliquées, curieuses et bizarres. Cette veine ouverte d’un peuple vaincu, par laquelle s’écoulait un sang si vermeil encore de jeunesse, ces mœurs patriarcales et hospitalières, cette fierté grandiose qui fait dire perpétuellement à l’Arabe : « Élargis ton âme », précisément le contraire du mot chinois et civilisé : « Rapetisse ton cœur », que l’abbé Huc nous apprend, les dernières tentes, qui vont se lever et se ployer au soleil couchant de la poésie devant la civilisation, cette mer de pierres qui s’avance, tout ce vaste ensemble nous frappa de deux sensations et d’une double mé-