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Page:Barbey d’Aurevilly - À côté de la grande histoire, 1906.djvu/101

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est accoutumé de demander aux écrits d’un homme de guerre, instruit et pénétrant, et qui se trouvaient en lui au plus haut degré de précision et de développement. Non ! ce fut quelque chose de plus rare, sinon de plus précieux ; quelque chose qui devait relever les autres qualités de ses écrits et qui en fit instantanément la fortune. Je veux parler d’un talent de style très brillant et très littéraire, lequel, se rencontrant avec éclat sous la plume d’un officier qui n’a pas le temps d’être artiste, étonna beaucoup tout le monde, — du moins tous ceux qui ne savent pas ce que l’esprit militaire cache d’aptitudes et de puissances, et de quelles forces il arme un homme (c’est le mot ici) quand il est profond.

En effet, de toutes les spécialités d’intelligence, l’esprit militaire (s’en étonnera-t-on ?) est assurément une des plus larges, et la Critique, qui touche par hasard aux œuvres d’un soldat, doit insister sur ce point avec d’autant plus d’attention que le contraire est l’idée commune, et l’idée commune un préjugé. Les lions ne sont pas plus des métaphysiciens que des peintres, et voilà pourquoi les arpenteurs de l’esprit humain, qui sont orfèvres, monsieur Josse, ont mesuré si étroitement (à part le métier) les capacités militaires. Madame de Staël ne disait-elle pas un jour, avec cette ineffable impertinence de l’esprit qui tachait la bonté de son cœur, que, « hors les batailles, lord Wellington n’avait pas une idée » ? Il n’avait pas une