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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/68

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                À ma barbe, quoi ! des pygmées
                M’appelant le Dieu des armées,
                Osent, en invoquant mon nom,
                Vous tirer des coups de canon !
    Si j’ai jamais conduit une cohorte,
Je veux, mes enfants, que le diable m’emporte,
        Je veux bien que le diable m’emporte.

                Que font ces nains si bien parés,
                Sur des trônes à clous dorés ?
                Le front huilé, l’humeur altière,
                Ces chefs de votre fourmilière
                Disent que j’ai béni leurs droits,
                Et que par ma grâce ils sont rois.
    Si c’est par moi qu’ils règnent de la sorte,
Je veux, mes enfants, que le diable m’emporte,
        Je veux bien que le diable m’emporte.

                Je nourris d’autres nains tout noirs
                Dont mon nez craint les encensoirs.
                Ils font de la vie un carême,
                En mon nom lancent l’anathème,
                Dans des sermons fort beaux, ma foi,
                Mais qui sont de l’hébreu pour moi.
    Si je crois rien de ce qu’on y rapporte,
Je veux, mes enfants, que le diable m’emporte,
        Je veux bien que le diable m’emporte.

                Enfants, ne m’en veuillez donc plus :
                Les bons cœurs seront mes élus.
                Sans que pour cela je vous noie,
                Faites l’amour, vivez en joie :