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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/334

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D’abus, d’erreurs, de rapines, de guerres,
De laquais-rois, de peuples de laquais ?
N’est-on pas las de tous nos dieux de plâtre ;
Vers l’avenir las de tourner les yeux ?
Ah ! c’en est trop pour si petit théâtre.
Finissons-en : le monde est assez vieux,
                Le monde est assez vieux.

Les jeunes gens me disent : Tout chemine ;
À petit bruit chacun lime ses fers ;
La presse éclaire, et le gaz illumine,
Et la vapeur vole aplanir les mers.
Vingt ans au plus, bon homme, attends encore ;
L’œuf éclôra sous un rayon des cieux.
Trente ans, amis, j’ai cru le voir éclore.
Finissons-en : le monde est assez vieux,
                Le monde est assez vieux.

Bien autrement je parlais quand la vie
Gonflait mon cœur et de joie et d’amour.
Terre, disais-je, ah ! jamais ne dévie
Du cercle heureux où Dieu sema le jour.
Mais je vieillis, la beauté me rejette ;
Ma voix s’éteint ; plus de concerts joyeux.
Arrive donc, implacable comète.
Finissons-en : le monde est assez vieux,
                Le monde est assez vieux.