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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/327

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Oui, dit l’ange ; mais avant peu
Cette jambe aurait eu la goutte.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Pour mes jours gras, du vin fraudé
Mit le juge après mes guenilles.
Oui, dit l’ange ; mais je plaidai :
Tu ne fus qu’un an sous les grilles.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Chez Vénus j’entre en maraudeur ;
C’est tout fruit vert que j’en rapporte.
Oui, dit l’ange ; mais, par pudeur,
Là je te quittais à la porte.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

D’un laidron je deviens l’époux,
Priant qu’il ne soit que volage.
Oui, dit l’ange ; mais nul de nous
Ne se mêle de mariage.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.

Vieillard, affranchi de regrets,
Au terme heureux enfin atteins-je ?
Oui, dit l’ange, et je tiens tout prêts
De l’huile, un prêtre et du vieux linge.
Tout compté, je ne vous dois rien :
Bon ange, adieu ; portez-vous bien.