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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/302

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Au conclave on se désespère :
Adieu, puissance et coffre-fort !
Nous avons perdu notre père.
Le diable est mort, le diable est mort.

L’amour sert bien moins que la crainte ;
Elle nous comblait de ses dons.
L’intolérance est presque éteinte ;
Qui rallumera ses brandons ?
À notre joug si l’homme échappe,
La vérité luira d’abord :
Dieu sera plus grand que le pape.
Le diable est mort, le diable est mort.

Ignace accourt : que l’on me donne,
Leur dit-il, sa place et ses droits.
Il n’épouvantait plus personne ;
Je ferai trembler jusqu’aux rois.
Vols, massacres, guerres ou pestes,
M’enrichiront du sud au nord.
Dieu ne vivra que de mes restes.
Le diable est mort, le diable est mort.

Tous de s’écrier : Ah ! brave homme !
Nous te bénissons dans ton fiel.
Soudain son ordre, appui de Rome,
Voit sa robe effrayer le ciel.
Un chœur d’anges, l’âme contrite,
Dit : Des humains plaignons le sort ;
De l’enfer saint Ignace hérite.
Le diable est mort, le diable est mort.