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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/300

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ENCORE DES AMOURS



Je me disais : Tous les dieux du bel âge
M’ont délaissé ; me voilà seul et vieux.
Adieu l’espoir que leur troupe volage
M’avait donné de me fermer les yeux !
Je le disais lorsqu’une enchanteresse
Vient et d’un mot ravit mes sens troublés.
Ah ! c’est encor quelque beauté traîtresse :
Tous les Amours ne sont pas envolés.

Oui, c’est encor quelque sujet de peine,
Mais du repos je suis si fatigué !
Lorsqu’à trente ans je pliais sous ma chaîne,
Plus malheureux pourtant j’étais plus gai.
Le ciel m’envoie une reine nouvelle ;
Combien d’attraits les siens m’ont rappelés !
Roses d’automne, effeuillez-vous pour elle :
Tous les Amours ne sont pas envolés.

Mes yeux encore ont des pleurs à répandre ;
Ma voix encore a des chants amoureux.
Aimons, chantons. La beauté vient m’apprendre
À triompher des hivers rigoureux.
Tout me sourit : les fleurs brillent plus belles,
Les jours plus purs, les cieux plus étoilés.
Dans l’air plus doux j’entends battre des ailes.
Tous les Amours ne sont pas envolés.