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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/271

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                Chamarré de vieux oripeaux,
                Ce roi, grand avaleur d’impôts,
                Marche entouré de ses fidèles,
                Qui tous, en des temps moins heureux,
                Ont suivi les drapeaux rebelles
                D’un usurpateur généreux.
                Un milliard les met en haleine :
                C’est peu pour la fidélité.
Le peuple s’écrie : Oiseaux, nous payons notre chaîne ;
    Gardez bien, gardez bien votre liberté.

                Aux pieds de prélats cousus d’or,
                Charles dit son Confiteor.
                On l’habille, on le baise, on l’huile,
                Puis, au bruit des hymnes sacrés,
                Il met la main sur l’Évangile.
                Son confesseur lui dit : « Jurez.
                « Rome, que l’article concerne m,
                « Relève d’un serment prêté. »
Le peuple s’écrie : Oiseaux, voilà comme on gouverne ;
    Gardez bien, gardez bien votre liberté.

                De Charlemagne, en vrai luron,
                Dès qu’il a mis le ceinturon,
                Charles s’étend sur la poussière.
                « Roi ! crie un soldat, levez-vous !
                « Non, dit l’évêque ; et, par saint Pierre,
                « Je te couronne, enrichis-nous.
                « Ce qui vient de Dieu vient des prêtres.
                « Vive la légitimité ! »
Le peuple s’écrie : Oiseaux, notre maître a des maîtres ;
    Gardez bien, gardez bien votre liberté.