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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/256

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La bonne enseigne pour Ma muse !
Non, non, tu n’es pas mon portrait.

Ou serais-tu l’auteur tragique
Qui calcula, rima, rima
Maint rôle bien académique
Qu’en vain a réchauffé Talma ?
Quoi ! parer d’une noble image
Mes petits vers de cabaret !
Pour l’alexandrin quel outrage !
Non, non, tu n’es pas mon portrait.

Dans ton masque à mine pincée
Est-ce un vil censeur que je vois,
Rat de cave de la pensée
Qu’il confisque au profit des rois.
J’ai de la fraude en pacotille
Qu’à la barrière on saisirait :
Tu me tiendras lieu d’estampille.
Non, non, tu n’es pas mon portrait.

Mais ta laideur serait la mienne,
Que ta gloire y gagnerait peu.
Crains même qu’un prêtre ne vienne
Saintement te livrer au feu.
Dans l’avenir je devrais vivre,
Que de toi l’on se passerait :
Je suis bien mieux peint dans ce livre.
Non, non, tu n’es pas mon portrait.