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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/243

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« Ange déchu, je te rendrai les ailes
« Dont ici-bas te dépouilla le Sort. »
Enivrons-nous des baisers de nos belles ;
Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

« Je reviendrai, poursuit-elle, et ton âme
« Ira franchir tous ces mondes flottants,
« Tout cet azur, tous ces globes de flamme
« Que Dieu sema sur la route du Temps.
« Mais, tant qu’au joug elle rampe asservie,
« Goûte sans crainte un bonheur sans remord. »
Que le Plaisir use en paix notre vie ;
Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.

Ma vision passe et fuit tout entière
Aux cris d’un chien hurlant sur notre seuil.
Ah ! l’homme en vain se rejette en arrière
Lorsque son pied sent le froid du cercueil.
Gais passagers, au flot inévitable
Livrons l’esquif qu’il doit conduire au port.
Si Dieu nous compte, ah ! restons treize à table ;
Non, mes amis, je ne crains plus la Mort.