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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/225

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Déjà, dit-on, nos prêtres hypocrites
Ont de leurs dieux mis l’encens à tes pieds.

Mais à la cour lis sur tous les visages,
Traîtres, flatteurs, meurtriers, vils faquins.
D’impurs ruisseaux, gonflés par nos orages,
Font déborder cet égout des Tarquins.

Tendre Octavie, ici rien n’effarouche
Le dieu qui cède à qui mieux le ressent.
Ne livre plus les roses de ta bouche
Aux baisers morts d’un fantôme impuissant.

Viens parmi nous, qui brillons de jeunesse,
Prendre un amant, mais couronné de fleurs ;
Viens sous l’ombrage, où, libre avec ivresse,
La Volupté seule a versé des pleurs.

Accours ici purifier tes charmes :
Les délateurs respectent nos loisirs.
Tous à leur prince ont prédit que nos armes
Se rouilleraient à l’ombre des plaisirs.

Sur les coussins où la douleur l’enchaîne,
Quel mal, dis-tu, vous fait ce roi des rois ?
Vois-le d’un masque enjoliver sa haine,
Pour étouffer notre gloire et nos lois.

Vois ce cœur faux, que cherchent tes caresses,
De tous les siens n’aimer que ses aïeux :
Charger de fers les muses vengeresses,
Et par ses mœurs nous révéler ses dieux.