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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/212

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LE VIEUX SERGENT


1825


Air : Dis-moi, soldat, dis-moi, t’en souviens-tu (Air noté )


Près du rouet de sa fille chérie
Le vieux sergent se distrait de ses maux,
Et, d’une main que la balle a meurtrie,
Berce en riant deux petits-fils jumeaux.
Assis tranquille au seuil du toit champêtre,
Son seul refuge après tant de combats,
Il dit parfois : « Ce n’est pas tout de naître ;
« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas ! »

Mais qu’entend-il ? le tambour qui résonne :
Il voit au loin passer un bataillon.
Le sang remonte à son front qui grisonne ;
Le vieux coursier a senti l’aiguillon.
Hélas ! soudain, tristement il s’écrie :
« C’est un drapeau que je ne connais pas.
« Ah ! si jamais vous vengez la patrie,
« Dieu, mes enfants, vous donne un beau trépas ! »

« Qui nous rendra, dit cet homme héroïque,
« Aux bords du Rhin, à Jemmape, à Fleurus,
« Ces paysans, fils de la république,
« Sur la frontière à sa voix accourus ?