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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/208

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LA FUITE DE L’AMOUR



Je vois déja se déployer tes ailes,
Amour ; adieu ! mon bel âge est passé.
D’un air moqueur les Grâces infidèles
Montrent du doigt mon réduit délaissé.
S’il fut des jours où j’ai maudit tes armes,
Savais-je, hélas ! que tu m’en punirais ?
Ah ! plus, Amour, tu nous causes de larmes,
Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Je reposais du sommeil de l’enfance
Lorsqu’à ta voix mes yeux se sont ouverts ;
Dans la beauté j’adorai ta puissance,
Et vins m’offrir de moi-même à tes fers.
Si jeune encor j’ignorais tes alarmes,
Tes sombres feux, le poison de tes traits.
Ah ! plus, Amour, tu nous causes de larmes,
Plus, quand tu fuis, tu laisses de regrets.

Glacé par l’âge, il se peut que j’oublie
Tous les baisers que Rose me donna,
Mais non les pleurs versés pour Eulalie,
Non les soupirs perdus près de Nina.