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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/181

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Pour mon pays que de chansons encore !
D’un lâche oubli vengeons les trois couleurs ;
De nouveaux noms la France se décore ;
À l’aigle éteint nous redevons des pleurs.
Que de périls la tribune orageuse
Offre aux vertus qui l’osent affronter !
Reviens, ma voix, faible, mais courageuse :
Il est encor des gloires à chanter.

Puis j’entrevois la liberté bannie ;
Elle revient : despotes, à genoux !
Pour l’étouffer en vain la tyrannie
Fait signe au Nord de déborder sur nous.
L’ours effrayé regagne sa tanière,
Loin du soleil qu’il voulait disputer.
Reviens, ma voix, faible, mais libre et fière :
Il est encore un triomphe à chanter.

Que dis-je ? hélas ! oui, la terre s’éveille,
Belle et parée, au souffle du printemps.
Mais dans nos cœurs le courage sommeille ;
Chargé de fers, chacun se dit : J’attends !
La Grèce expire, et l’Europe est tremblante ;
Seuls, nos pleurs seuls osent se révolter.
Reviens, ma voix, faible, mais consolante :
Il est encor des martyrs à chanter.