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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/167

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Ce soir, pourrait bien, je le sens,
Mettre à sec ma bourse et mes sens ;
Et Lisette, qui tient ma caisse,
Aurait à souffrir de la baisse.
Vive le vin qui ne vaut rien !
Notre raison s’en trouve bien.

Car, si tu réchauffais ma veine,
Armé de vers forgés sans peine,
Tout en chantant je tomberais
Peut-être au milieu d’un congrès ;
Puis j’irais, pour démagogie,
En prison terminer l’orgie.
Vive le vin qui ne vaut rien !
Notre gaîté s’en trouve bien.

Car en prison l’on ne rit guère.
Mais, vin à qui je fais la guerre,
Tu disparais, et sous mes yeux
Mousse un nectar digne des dieux.
Au risque d’une catastrophe,
Versez-m’en, je suis philosophe.
Versez ! versez ! je ne crains rien ;
Du bon vin je me trouve bien.