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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/161

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Dans l’une de nos cent bastilles
Lorsque ma muse emménagea,
À peine on refermait les grilles
Que l’Amitié frappait déjà.

Sur des roses l’Amour sommeille ;
Mais, quand s’obscurcit l’horizon,
Célébrons l’Amitié qui veille
À la porte d’une prison.

Heureux qui, libre de ses chaînes,
Bravant la haine et la pitié,
Joint au souvenir de ses peines
Celui des soins de l’Amitié !

Sur des roses l’Amour sommeille,
Mais, quand s’obscurcit l’horizon,
Célébrons l’Amitié qui veille
À la porte d’une prison.

Que fait la gloire à qui succombe ?
Amis, renonçons à briller ;
Donnons les marbres d’une tombe
Pour les plumes d’un oreiller.

Sur des roses l’Amour sommeille ;
Mais, quand s’obscurcit l’horizon,
Célébrons l’Amitié qui veille
À la porte d’une prison.

Sans bruit, ensemble, ô vous que j’aime !
Trompons les hivers meurtriers.