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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/153

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Dans l’emploi qu’un ami vous offre,
Vous n’oseriez plus, vieil enfant,
Célébrer au bruit de son coffre
Les droits que sa vertu défend.
Vous croiriez voir à chaque rime
Les sots, doublement satisfaits,
De vos chansons lui faire un crime,
Vous en faire un de ses bienfaits.

                Lise à l’oreille
                    Me conseille ;
Cet oracle me dit tout bas :
Chantez, monsieur, n’écrivez pas.

Craignant alors la malveillance,
Vous ririez moins de ce baron,
Courtier de la Sainte-Alliance,
Qui des rois s’est fait le patron.
Dans les fonds de peur d’une crise,
Il veut que les Grecs soient déçus [1] ;
Pour avoir l’endos de Moïse,
On fait banqueroute à Jésus.

                Lise à l’oreille
                    Me conseille ;
Cet oracle me dit tout bas :
Chantez, monsieur, n’écrivez pas.

Votre muse en deviendrait folle,
Et croirait flatter en disant

  1. On n’osait alors secourir les Grecs, qui faisaient d’héroïques efforts pour recouvrer leur liberté.