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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/132

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Déjà leur rage atteint mon indigence [1] ;
Au tribunal ils traînent ma gaîté ;
D’un masque saint ils couvrent leur vengeance :
Rougiraient-ils devant ma probité ?
Ah ! Dieu n’a point leur cœur pour me maudire :
L’Intolérance est fille des faux dieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ;
Échos des bois, répétez mes adieux.

Sur des tombeaux si j’évoque la Gloire,
Si j’ai prié pour d’illustres soldats,
Ai-je à prix d’or, aux pieds de la Victoire,
Encouragé le meurtre des états ?
Ce n’était point le soleil de l’empire
Qu’à son lever je chantais dans ces lieux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ;
Échos des bois, répétez mes adieux.

Que, dans l’espoir d’humilier ma vie,
Bellart s’amuse à mesurer mes fers ;
Même aux regards de la France asservie
Un noir cachot peut illustrer mes vers.
À ses barreaux je suspendrai ma lyre ;
La Renommée y jettera les yeux.
Ciel vaste et pur, daigne encor me sourire ;
Échos des bois, répétez mes adieux.

  1. Lorsque le recueil de 1821 parut, ce fut le ministère qui força les membres du conseil de l’Université d’ôter à l’auteur le modique emploi d’expéditionnaire qu’il occupait depuis douze ans. Au reste, on l’avait prévenu que s’il faisait imprimer ses nouvelles chansons, il perdrait cet emploi.