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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/103

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Peut-être il dort ce boulet invincible
Qui fracassa vingt trônes à la fois.
Ne peut-il pas, se relevant terrible,
Aller mourir sur la tête des rois ?
Ah ! ce rocher repousse l’espérance :
L’aigle n’est plus dans le secret des dieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.

Il fatiguait la victoire à le suivre :
Elle était lasse ; il ne l’attendit pas.
Trahi deux fois, ce grand homme a su vivre.
Mais quels serpents enveloppent ses pas !
De tout laurier un poison est l’essence [1] ;
La mort couronne un front victorieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.

Dès qu’on signale une nef vagabonde,
« Serait-ce lui ? disent les potentats :
« Vient-il encor redemander le monde ?
« Armons soudain deux millions de soldats. »
Et lui, peut-être accablé de souffrance,
À la patrie adresse ses adieux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.

  1. On extrait de plusieurs espèces de lauriers un poison des plus actifs.

    Il est nécessaire de rappeler aussi qu’à la mort de Napoléon, beaucoup de personnes, même fort éclairées, crurent qu’il avait été empoisonné.