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Page:Béranger, oeuvres complètes - tome 2.pdf/102

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LE CINQ MAI


1821


Air : Muse des bois et des accords champêtres (Air noté )


Des Espagnols m’ont pris sur leur navire [1],
Aux bords lointains où tristement j’errais.
Humble débris d’un héroïque empire,
J’avais dans l’Inde exilé mes regrets.
Mais loin du Cap, après cinq ans d’absence,
Sous le soleil, je vogue plus joyeux.
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.

Dieux ! le pilote a crié : Sainte-Hélène !
Et voilà donc où languit le héros !
Bons Espagnols, là s’éteint votre haine !
Nous maudissons ses fers et ses bourreaux.
Je ne puis rien, rien pour sa délivrance :
Le temps n’est plus des trépas glorieux !
Pauvre soldat, je reverrai la France :
La main d’un fils me fermera les yeux.

  1. Des peuples d’Europe, les Espagnols étaient ceux qui avaient les plus justes plaintes à former contre Napoléon. En plaçant son soldat sur un vaisseau de cette nation, l’auteur eut la pensée de faire voir à quel point les malheurs du grand homme avaient réconcilié tous les peuples avec sa gloire.