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part de l’exagération naturelle aux amoureux, Elizabeth se disait que tout ce bonheur entrevu n’était pas impossible car il aurait pour base l’excellent jugement et le caractère idéal de Jane, sans compter une parfaite similitude de goûts et de sentiments entre elle et Bingley.

Ce fut pour tous une soirée exceptionnellement heureuse. Le bonheur de Jane donnait à son visage un éclat et une animation qui la rendaient plus charmante que jamais. Kitty minaudait, souriait, espérait que son tour viendrait bientôt. Mrs. Bennet ne trouvait pas de termes assez chauds, assez éloquents pour donner son consentement et exprimer son approbation, bien qu’elle ne parlât point d’autre chose à Bingley pendant plus d’une demi-heure. Quant à Mr. Bennet, lorsqu’il vint les rejoindre au souper, sa voix et ses manières disaient clairement combien il était heureux. Pas un mot, pas une allusion, cependant, ne passa ses lèvres jusqu’au moment où leur visiteur eut pris congé, mais alors il s’avança vers sa fille en disant :

— Jane, je vous félicite. Vous serez une femme heureuse.

Jane aussitôt l’embrassa et le remercia de sa bonté.

— Vous êtes une bonne fille, répondit-il, et j’ai grand plaisir à penser que vous allez être si heureusement établie. Je ne doute pas que vous ne viviez tous deux dans un parfait accord. Vos caractères ne sont en rien dissemblables. Vous êtes l’un et l’autre si accommodants que vous ne pourrez jamais prendre une décision, si débonnaires que vous serez trompés par tous vos domestiques, et si généreux que vous dépenserez plus que votre revenu.

— J’espère qu’il n’en sera rien. Si j’étais imprudente ou insouciante en matière de dépense, je serais impardonnable.

— Plus que leur revenu !… À quoi pensez-vous, mon cher Mr. Bennet ! s’écria sa femme. Il a au moins