Page:Austen - Les Cinq filles de Mrs Bennet.djvu/232

Cette page a été validée par deux contributeurs.



« Quelle va être sa surprise ? pensait-elle. Il les prend sans doute pour des gens de qualité. » La présentation fut faite aussitôt, et en mentionnant le lien de parenté qui l’unissait à ses compagnons, elle regarda furtivement Mr. Darcy pour voir comment il supporterait le choc… Il le supporta vaillamment, bien que sa surprise fût évidente et, loin de fuir, il rebroussa chemin pour les accompagner et se mit à causer avec Mr. Gardiner. Elizabeth exultait : à sa grande satisfaction, Mr. Darcy pouvait voir qu’elle avait des parents dont elle n’avait pas à rougir !… Attentive à leur conversation, elle notait avec joie toutes les phrases, toutes les expressions qui attestaient l’intelligence, le goût et la bonne éducation de son oncle.

La conversation tomba bientôt sur la pêche, et elle entendit Mr. Darcy, avec la plus parfaite amabilité, inviter Mr. Gardiner à venir pêcher aussi souvent qu’il le voudrait durant son séjour dans le voisinage, offrant même de lui prêter des lignes, et lui indiquant les endroits les plus poissonneux. Mrs. Gardiner, qui donnait le bras à sa nièce, lui jeta un coup d’œil surpris ; Elizabeth ne dit mot, mais ressentit une vive satisfaction : c’était à elle que s’adressaient toutes ces marques de courtoisie. Son étonnement cependant était extrême, et elle se répétait sans cesse : « Quel changement extraordinaire ! comment l’expliquer ? ce n’est pourtant pas moi qui en suis cause ! ce ne sont pas les reproches que je lui ai faits à Hunsford qui ont opéré une telle transformation !… C’est impossible qu’il m’aime encore. »

Ils marchèrent ainsi pendant quelque temps, Mrs. Gardiner et sa nièce en avant, et les deux messieurs à l’arrière-garde. Mais après être descendus sur la rive pour voir de plus près une curieuse plante aquatique, il se produisit un petit changement ; Mrs. Gardiner, fatiguée par l’exercice de la matinée et trouvant le bras d’Elizabeth insuffisant pour la soutenir, préféra s’appuyer sur celui de son mari ;