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— La vérité c’est que vous êtes portée à juger tout le monde avec trop de bienveillance : vous ne voyez jamais de défaut à personne. De ma vie, je ne vous ai entendue critiquer qui que ce soit.

— Je ne veux juger personne trop précipitamment, mais je dis toujours ce que je pense.

— Je le sais, et c’est ce qui m’étonne. Comment, avec votre bon sens, pouvez-vous être aussi loyalement aveuglée sur la sottise d’autrui ? Il n’y a que vous qui ayez assez de candeur pour ne voir jamais chez les gens que leur bon côté… Alors, les sœurs de ce jeune homme vous plaisent aussi ? Elles sont pourtant beaucoup moins sympathiques que lui.

— Oui, au premier abord, mais quand on cause avec elles on s’aperçoit qu’elles sont fort aimables. Miss Bingley va venir habiter avec son frère, et je serais fort surprise si nous ne trouvions en elle une agréable voisine.

Elizabeth ne répondit pas, mais elle n’était pas convaincue. L’attitude des sœurs de Mr. Bingley au bal ne lui avait pas révélé chez elles le désir de se rendre agréables à tout le monde. D’un esprit plus observateur et d’une nature moins simple que celle de Jane, n’étant pas, de plus, influencée par les attentions de ces dames, Elizabeth était moins disposée à les juger favorablement. Elle voyait en elles d’élégantes personnes, capables de se mettre en frais pour qui leur plaisait, mais, somme toute, fières et affectées.

Mrs. Hurst et miss Bingley étaient assez jolies, elles avaient été élevées dans un des meilleurs pensionnats de Londres et possédaient une fortune de vingt mille livres, mais l’habitude de dépenser sans compter et de fréquenter la haute société les portait à avoir d’elles-mêmes une excellente opinion et à juger leur prochain avec quelque dédain. Elles appartenaient à une très bonne famille du nord de l’Angleterre, chose dont elles se souvenaient plus volontiers que de l’origine de leur fortune qui avait été faite dans le commerce.