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attribuait l’idée principale et la réalisation à miss Bingley. Cependant, si Mr. Darcy ne se vantait pas, c’était lui, c’étaient son orgueil et son caprice qui étaient la cause de tout ce que Jane avait souffert et souffrait encore. Il avait brisé pour un temps tout espoir de bonheur dans le cœur le plus tendre, le plus généreux qui fût ; et le mal qu’il avait causé, nul n’en pouvait prévoir la durée.

« Il y avait des objections sérieuses contre la jeune fille, » avait dit le colonel Fitzwilliam. Ces objections étaient sans nul doute qu’elle avait un oncle avoué dans une petite ville, et un autre dans le commerce à Londres. « À Jane, que pourrait-on reprocher ? se disait Elizabeth. Jane, le charme et la bonté personnifiés, dont l’esprit est si raisonnable et les manières si séduisantes ! Contre mon père non plus on ne peut rien dire ; malgré son originalité, il a une intelligence que Mr. Darcy peut ne point dédaigner, et une respectabilité à laquelle lui-même ne parviendra peut-être jamais. » À la pensée de sa mère, elle sentit sa confiance s’ébranler. Mais non, ce genre d’objection ne pouvait avoir de poids aux yeux de Mr. Darcy dont l’orgueil, elle en était sûre, était plus sensible à l’infériorité du rang qu’au manque de jugement de la famille où voulait entrer son ami. Elizabeth finit par conclure qu’il avait été poussé par une détestable fierté, et sans doute aussi par le désir de conserver Bingley pour sa sœur.

L’agitation et les larmes qui furent l’effet de ces réflexions provoquèrent une migraine dont Elizabeth souffrait tellement vers le soir que, sa répugnance à revoir Mr. Darcy aidant, elle décida de ne pas accompagner ses cousins à Rosings où ils étaient invités à aller prendre le thé. Mrs. Collins, voyant qu’elle était réellement souffrante, n’insista pas pour la faire changer d’avis mais Mr. Collins ne lui cacha point qu’il craignait fort que lady Catherine ne fût mécontente en voyant qu’elle était restée au logis.