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mieux employé votre temps. Vous faites plaisir à tous ceux qui ont le privilège de vous entendre. Mais, comme moi, vous n’aimez pas à vous produire devant les étrangers.

Ici, ils furent interrompus par lady Catherine qui voulait être mise au courant de leur conversation. Aussitôt, Elizabeth se remit à jouer. Lady Catherine s’approcha, écouta un instant, et dit à Darcy :

— Miss Bennet ne jouerait pas mal si elle étudiait davantage et si elle prenait des leçons avec un professeur de Londres. Elle a un très bon doigté, bien que pour le goût, Anne lui soit supérieure. Anne aurait eu un très joli talent si sa santé lui avait permis d’étudier.

Elizabeth jeta un coup d’œil vers Darcy pour voir de quelle façon il s’associait à l’éloge de sa cousine, mais ni à ce moment, ni à un autre, elle ne put discerner le moindre symptôme d’amour. De son attitude à l’égard de miss de Bourg, elle recueillit cette consolation pour miss Bingley : c’est que Mr. Darcy aurait aussi bien pu l’épouser si elle avait été sa cousine.

Lady Catherine continua ses remarques entremêlées de conseils ; Elizabeth les écouta avec déférence, et, sur la prière des deux jeunes gens, demeura au piano jusqu’au moment où la voiture de Sa Grâce fut prête à les ramener au presbytère.



XXXII


Le lendemain matin, tandis que Mrs. Collins et Maria faisaient des courses dans le village, Elizabeth, restée seule au salon, écrivait à Jane lorsqu’un coup de sonnette la fit tressaillir. Dans la crainte que ce ne fût lady Catherine, elle mettait de côté sa lettre inachevée afin d’éviter des questions importunes, lorsque la porte s’ouvrit, et, à sa grande surprise, livra passage à Mr. Darcy.