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sa jolie figure, son esprit naturel et cultivé, et ses dix-neuf ans, à un jeune homme qui n’avait aucune consistance dans le monde, peu de fortune, et d’autre espoir d’en acquérir que les chances incertaines d’une profession dangereuse qui l’éloignerait de sa femme, la laisserait sans soutien, ou la mettrait dans un état de dépendance et d’anxiété continuelle pour la vie de son mari : elle était si jeune, si peu connue ! et ne connaissait elle-même ni le monde ni son propre cœur ; le premier hommage qu’elle avait reçu avait fait sur elle une impression qui serait bientôt effacée. D’après ces réflexions assez judicieuses, il faut en convenir, lady Russel usa de tout le pouvoir que lui donnait sur Alice son amitié maternelle pour empêcher ce mariage.

Le capitaine Wentworth n’avait en effet aucun patrimoine : il avait eu jusqu’alors assez de bonheur dans sa vocation ; mais, comme il n’arrive que trop souvent aux marins, il dépensait légèrement ce qu’il gagnait avec facilité, et n’avait rien réalisé. Il avait la confiance de la jeunesse et la persuasion qu’il serait bientôt riche. Plein de force et d’ardeur, il se voyait déjà commandant un vaisseau, faisant de riches captures sur l’ennemi, et dans