Page:Austen - La Famille Elliot T1.djvu/64

Cette page a été validée par deux contributeurs.


de quelques êtres privilégiés, et il doit les rendre indulgens. La mer n’embellit pas, c’est certain ; elle ne rajeunit pas non plus, je l’ai souvent observé ; mais n’en est-il pas de même des autres états ? Les soldats, en temps de guerre, ne sont pas mieux traités et ménagés que les matelots ; et même dans des professions plus tranquilles, il y a une peine au travail d’esprit, si ce n’est du corps, qui use la vie et détruit la fraîcheur de la jeunesse. Les avocats, les légistes, enfoncés dans leurs plaidoyers, et pleins de soucis et d’inquiétudes pour eux et pour leurs cliens ; et les médecins, obligés de se lever à toutes les heures de la nuit, à courir d’une maison à l’autre par tous les temps ; et les négocians dans leur comptoir, étouffés, sans respirer un bon air, courbés sur leurs écritures, qui voûtent le dos ; et les ecclésiastiques même… » Elle s’arrêta ici un moment, ne sachant que dire pour enlaidir le clergé. « Oui, même les ecclésiastiques, reprit-elle, ne sont-ils pas obligés d’abord de porter un costume qui les défigure et leur ôte toute élégance, puis de s’exposer à la contagion des chambres infectées, où un mourant les appelle, ce qui peut détruire leur santé, en leur faisant respirer souvent un air empoi-