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certainement,… » dit madame Clay ; mais voyant miss Elisabeth sourire avec dédain, et sir Walter lever les épaules, elle n’acheva pas sa phrase. Le dernier prit ainsi la parole : « Je ne nie pas que cette profession n’ait son utilité ; mais je serais bien fâché cependant que quelqu’un qui me touchât de près fût marin.

— En vérité ! dit madame Clay avec le ton de la surprise ; daignerez-vous, sir Walter, m’en expliquer les motifs ? — Ils sont très-fondés, reprit-il ; j’ai deux fortes objections contre cet état : la première, c’est que c’est un moyen d’amener des personnes d’une obscure naissance à des distinctions qui ne leur conviennent pas, d’élever des hommes de rien aux honneurs auxquels leur père et leur grand-père n’auraient jamais songé, et pourquoi ? parce qu’ils ont la sottise de s’exposer à recevoir des blessures qui peuvent les défigurer, et à mener une vie qui hâte la vieillesse et rend affreux avant le temps de la décrépitude. Avez-vous remarqué comme tous les marins, officiers et matelots, sont brûlés du soleil, et perdent de bonne heure la fraîcheur de la jeunesse ? Un homme comme il faut, qui se voue à la marine, court donc le double danger