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donner cette mésalliance ; mais sir Walter et sa fille avaient appris que, peu sensible à l’honneur de leur appartenir et de porter le nom d’Elliot, il parlait avec mépris et légèreté de cet honneur, et même de la terre dont il devait hériter un jour, et cela était impardonnable. Elisabeth passait donc une moitié de sa vie à regretter que William Elliot ne l’eût pas demandée, et l’autre moitié à déclarer que la bassesse de ses sentimens le rendait indigne du bonheur de la posséder. Telles étaient les sensations qui remplissaient le vide de la vie de la belle Elisabeth ; elle s’écoulait inutilement dans le cercle étroit d’une société de campagne, sans intérêt, sans autre activité que celle de la toilette, peu variée, ainsi que ses plaisirs, hors de la maison, et sans talens, sans occupation lorsqu’elle y restait ; mais un nouvel incident vint mettre quelque mouvement dans cette existence insipide, en lui donnant de la sollicitude, et la tirant de son état ordinaire.

Son père lui confia qu’il était très-arriéré sur ses revenus, criblé de dettes, et ne sachant où prendre de l’argent. Chaque jour il recevait ou des comptes énormes des marchands qui fournissaient sa maison, ou des