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eux : il voulait, disait-il, les emporter pour en faire deux petits mousses, et il les exerçait à grimper sur ses genoux. Pendant ce temps, Alice cherchait dans les traits de mistriss Croft une ressemblance gravée dans son cœur, et la retrouvait aussi dans la manière de s’exprimer et dans le son de sa voix.

Mistriss Croft n’était ni trop grande ni trop forte ; mais cependant elle avait dans sa taille, dans ses mouvemens, dans le jeu de sa physionomie, quelque chose d’un peu masculin, qui rappelait singulièrement son frère ; elle annonçait une santé vigoureuse, et un caractère ferme et décidé, mêlé d’une expression de bonté et de franchise. Ses yeux étaient noirs et brillans, ses dents très-blanches, ses traits agréables ; mais son teint, assez brun et haut en couleur, se ressentait de ses longs voyages sur mer avec son mari, et lui donnait l’air plus âgée qu’elle ne l’était ; elle avait alors trente-cinq ans, et paraissait avoir passé la quarantaine. Ses manières étaient ouvertes, aisées, décidées ; on voyait qu’elle ne se défiait ni d’elle-même ni des autres, qu’elle disait tout ce qu’elle pensait, et n’avait aucune des petites faiblesses féminines, sans qu’elle eût cependant rien de rude ni de vulgaire ; c’était