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tout ce qui pouvait amuser leurs cousines : la complaisante Alice faisait aussi ce qui dépendait d’elle ; ayant passé l’âge de la fureur dansante, elle préférait un emploi plus tranquille, et se chargeait volontiers de l’orchestre : assise devant le piano, elle jouait des contredanses pendant des heures entières. Papa et maman Musgrove, qui n’étaient pas moins enchantés de la danse de leurs filles que de leur musique, et peut-être avec plus de raison, savaient gré à miss Elliot de sa complaisance infatigable, et lui disaient alors pour l’encourager : « Bien, très-bien, miss Alice ; comme ces jolis doigts volent sur les touches ! Les contredanses, voilà votre talent. »

Ainsi se passèrent trois semaines. La Saint-Michel arriva, et le cœur et les pensées d’Alice étaient à Kellinch-Hall, dont les Croft devaient prendre possession : cette demeure chérie allait être occupée par des étrangers. Il n’y avait en ce moment pas une chambre, un cabinet, un meuble, un arbre, un sentier qui n’eût sa part des souvenirs et des regrets d’Alice ; tel est sur un cœur aimant l’empire de l’habitude et des anciennes et premières affections. Elisabeth, toujours heureuse, re-