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était si près qu’Emma eut à peine le temps de dire :

— Ah ! Harriet, voici qui va mettre à l’épreuve notre fidélité aux bonnes pensées. Quoi qu’il en soit, l’essentiel c’est que notre compassion ait procuré un peu de soulagement à ceux qui souffrent. Si nous avons pour les malheureux assez de pitié pour les aider selon nos moyens, nous faisons notre devoir ; au delà ce n’est qu’une vaine sympathie, inutile aux autres et nuisible à soi-même.

Elles furent alors rejointes par le promeneur.

M. Elton se disposait précisément à aller voir la malheureuse famille à laquelle Emma s’intéressait. Ils cherchèrent ensemble quels remèdes on pouvait apporter à une aussi triste situation et décidèrent les mesures à prendre. Puis remettant sa visite au lendemain, M. Elton demanda l’autorisation de les accompagner.

Cette rencontre, pensa Emma, à laquelle la charité préside est particulièrement heureuse. Rien ne pourrait être plus favorable au développement de l’amour ; je ne serais pas étonnée que la déclaration s’ensuive ; ma présence est le seul obstacle. Que ne suis-je ailleurs !

Désireuse de se tenir à l’écart le plus possible, Emma prit un étroit sentier qui dominait la route principale où les deux autres marchaient ensemble. Mais elle n’était pas là depuis deux minutes quand elle s’aperçut qu’Harriet, habituée à la suivre et à l’imiter, s’empressait de l’y joindre ; cela ne faisait pas son affaire : elle s’arrêta immédiatement sous le prétexte de rattacher les lacets de ses souliers et se courbant de façon à obstruer complètement le passage, elle les pria de bien vouloir continuer d’avancer en attendant qu’elle les rejoignît ; ils firent ce qu’elle demandait. Au moment où elle jugeait raisonnable d’avoir terminé son occupation, elle eut la chance de trouver une nouvelle raison pour s’attarder : elle fut, en effet, saluée par un des enfants de la famille qu’elle venait de visiter et qui conformément