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FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS

du 25 juin 1910 [12]




EMMA


par Jane Austen

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Traduction de M. PIERRE DE PULIGA

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— Si je ne m’illusionne pas, Harriet, j’ai une nature active, indépendante et je dispose de nombreuses ressources ; je ne perçois pas pourquoi je ne serai pas en état d’occuper mes loisirs aussi bien à cinquante ans qu’à vingt et un. Les occupations de la femme, manuelles et intellectuelles, ne me feront pas plus défaut qu’aujourd’hui. Quant à des objets d’intérêt pour mon affection, je n’en manquerai pas ; je pourrai me consacrer aux enfants d’une sœur que je chéris. Il y en aura très probablement un assez grand nombre pour me fournir toutes les espèces de sensations dont se nourrit la vie à son déclin ; ils me donneront matière d’espérer et de craindre. Sans doute, je ne ressentirai pour aucun d’eux la tendresse qui est l’apanage des parents, mais mon humeur s’accommodera volontiers d’un sentiment plus calme et moins aveugle que l’amour maternel. Souvent une de mes nièces me tiendra compagnie !

— Connaissez-vous la nièce de Mlle Bates ou pour mieux dire êtes-vous en relation avec elle ?

— Oh ! oui, nous sommes obligés de la voir toutes les fois qu’elle vient à Hartfield. Je veux croire que l’exemple de Mlle Bates me préservera d’une admiration exagérée pour mes nièces. Puisse le ciel m’éviter au moins d’ennuyer les gens au sujet de tous les Knightley réunis seulement la moitié autant que le fait


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