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serait guidée et soutenue et, au contact de femmes intelligentes, ses bonnes dispositions naturelles se développeraient certainement. Henriette, absorbée par les préparatifs de son mariage et accaparée par les demoiselles Martin, était de moins en moins à Hartfield. La transformation qui s’imposait semblait s’accomplir de la façon la plus graduelle et la plus naturelle du monde. Par la force des choses, leur intimité toute artificielle était appelée à disparaître.

Avant la fin de septembre, Emma accompagna Henriette à l’église et assista au mariage de son amie avec une satisfaction que même la présence de M. Elton ne parvint pas à troubler. Du reste, à ce moment elle ne voyait en celui-ci que le clergyman dont la bénédiction devait bientôt tomber sur elle.

Jane Fairfax avait déjà quitté Highbury pour aller rejoindre les Campbell ; auprès de ceux-ci, elle se sentait véritablement chez elle. M. Churchill et son neveu étaient également à Londres, où ils attendaient la fin du deuil.

Le mois d’octobre était celui choisi par M. Knightley et par Emma. Ils désiraient que leur mariage fût célébré pendant le séjour de John et d’Isabelle à Hartfield afin de pouvoir faire un voyage d’une quinzaine de jours au bord de la mer. John et Isabelle approuvaient ce plan, mais comment pourrait-on obtenir le consentement de M. Woodhouse ? Celui-ci ne parlait jamais du mariage que comme d’un événement très lointain. Néanmoins il commençait à se rendre compte que l’échéance était inévitable : première étape vers la résignation. Il n’en fut pas moins vivement affecté en entendant parler d’une date ferme. Emma, qui ne pouvait supporter voir souffrir son père, n’insista pas. Les messieurs Knightley pour l’encourager, assuraient qu’une fois l’événement accompli, la détresse de M. Woodhouse disparaîtrait, mais tout en reconnaissant la justesse