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se fût harmonisé aussi parfaitement avec la grâce et le naturel du modèle. Je ne puis voir de défaut à ce portrait ni en détacher mon regard.

Il fallut ensuite songer à faire encadrer l’aquarelle et à ce propos quelques difficultés se présentèrent ; Emma désirait que le cadre fut commandé… sans retard… à Londres… par l’intermédiaire d’une personne intelligente et d’un goût sûr ; on ne pouvait songer à avoir recours à Isabelle, car M. Woodhouse n’aurait pu supporter l’idée que sa fille fût obligée de sortir par les brouillards de décembre. Dès que M. Elton eut été mis au courant de la perplexité où se trouvaient ses amis, il proposa une solution : le jugerait-on digne de faire la commission ? Il aurait un plaisir infini à l’exécuter. Il lui serait facile de se rendre à Londres à cheval et on ne pouvait savoir à quel point il se sentirait flatté d’une pareille mission.

Après avoir remercié et déclaré qu’elle ne voudrait à aucun prix lui causer un tel dérangement, Emma finit par céder et accepta le concours de M. Elton ; il fut convenu que ce dernier porterait l’aquarelle à Londres, choisirait le cadre et donnerait les instructions nécessaires. Emma lui promit de faire un paquet de petite dimension afin de l’embarrasser le moins possible ; mais M. Elton semblait n’avoir qu’une crainte, c’était que le colis ne fût pas suffisamment encombrant.

— Quel précieux dépôt, dit-il avec un soupir, quand il le reçut.

« Je m’explique mal l’empressement galant dont il fait preuve à mon égard, étant donné les circonstances, pensa Emma, mais il y a sans doute un grand nombre de manières d’être amoureux. C’est un excellent jeune homme qui conviendra parfaitement à Harriet ; je trouve seulement qu’il abuse des soupirs et des compliments : pour un personnage de second plan ma part de louanges est excessive. Sans doute, il agit ainsi par reconnaissance. »

(À suivre.)