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FEUILLETON DU JOURNAL DES DÉBATS

du 10 août 1910 [52]




EMMA


Par Jane Austen


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Traduction de M. PIERRE DE PULIGA


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XLIII


Emma fut heureuse de se retrouver à Hartfield, et après le dîner elle se consacra, de la meilleure grâce du monde, au jacquet de M. Woodhouse. Elle éprouvait une véritable satisfaction, après les pénibles conjonctures de la journée, à s’occuper de distraire son père ; de ce côté au moins elle n’avait pas démérité : elle pouvait en effet à bon droit se considérer comme une fille dévouée.

Le lendemain matin, Emma résolut d’aller sans plus tarder faire une visite de réparation à Mlle Bates : elle craignait que celle-ci ne pût jamais lui pardonner, mais elle voulait tout tenter pour effacer la mauvaise impression de Box Hill et elle espérait, à force de déférence et d’attentions, regagner le terrain perdu. Elle se mit en route de bonne heure, de peur d’être retenue par quelque visiteur.

En réponse à son interrogation, elle apprit que « ces dames étaient à la maison » et pour la première fois depuis longtemps elle monta l’escalier avec l’intention de se rendre agréable. À son approche, il se produisit un brouhaha : on parlait et on remuait ; la femme de chambre, après l’avoir annoncée, réapparut embarrassée et la pria de bien vouloir attendre un instant : finalement elle la fit pénétrer trop tôt dans le salon, au moment même où Mlle Bates et Jane Fairfax disparaissaient dans la pièce voisine ; pendant que la porte était encore


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