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tout au plus peuvent-elles donner un léger vernis.

— Est-ce parce que je me fie au bon sens d’Emma, ou bien suis-je avant tout préoccupée de son bien-être actuel, toujours est-il que je ne puis partager vos craintes. Combien elle était à son avantage, hier soir !

— Je devine votre tactique : vous désirez faire dévier l’entretien sur les mérites corporels d’Emma ? Eh bien ! je vous concède qu’Emma est jolie.

— Jolie ! dites plutôt parfaitement belle.

— En tout cas je ne connais pas de visage qui me plaise plus, mais je suis un si vieil ami que mon jugement reste entaché de partialité.

— Quelle vivacité dans le regard ! Des traits réguliers, un teint éblouissant, une taille parfaite ! On dit parfois qu’un enfant respire la santé : cette expression, il me semble, s’applique dans toute sa plénitude à Emma.

— Je n’ai rien à redire à sa personne et votre description est exacte ; j’aime à la regarder et j’ajouterai un compliment : je ne la crois pas vaniteuse. Quoiqu’il en soit, Madame Weston, vous n’arriverez pas à me persuader que cette amitié avec Harriet Smith ne soit pas nuisible pour toutes deux.

— Et moi, monsieur Knightley, je reste convaincu qu’il n’en sortira aucun dommage. Malgré ses petits défauts, Emma est excellente. Où trouverez-vous une fille plus dévouée, une sœur plus affectueuse, une amie plus sûre ? Quand elle se trompe, elle reconnait vite son erreur.

— Je ne vous tourmenterai pas plus longtemps. Admettons qu’Emma soit un ange. Je garderai ma mauvaise humeur pour moi jusqu’à ce que Noël amène Jean et Isabelle. Jean aime Emma d’une affection raisonnable qui par conséquent n’est pas aveugle, et Isabelle adopte toujours l’avis de son mari, excepté en ce qui concerne la santé et les soins de ses enfants. Je connais d’avance leur opinion.

— Je suis convaincue que vous l’aimez tous