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se distraire. Les premiers spectacles qui s’offrirent à ses yeux manquaient d’intérêt : ce fut d’abord le boucher dans sa carriole, une vieille femme proprette qui rentrait chez elle son panier plein de provisions sous le bras, deux chiens se disputant un os, un groupe d’enfants arrêté devant la vitrine d’un boulanger ; mais soudain la scène s’anima et deux personnes apparurent : Mme Weston et son beau-fils. Emma supposa qu’ils se dirigeaient vers Hartfield : ils s’arrêtèrent chez Mme Bates et se préparaient à frapper quand ils aperçurent Emma, ils s’approchèrent aussitôt.

— Nous allons faire une visite aux Bates, dit Mme Weston, afin d’entendre le nouvel instrument. Mon compagnon affirme que j’ai absolument promis à Mlle Bates de venir ce matin. Pour moi, je ne croyais pas avoir fixé de jour, mais je ne veux pas m’exposer à manquer de parole.

— Quant à moi, intervint Frank Churchill, j’espère obtenir l’autorisation de vous accompagner, Mademoiselle Woodhouse, nous attendrons Mme Weston à Hartfield, si vous rentrez.

Mme Weston fut désappointée :

— Je croyais que vous comptiez venir avec moi ; elles auraient été bien contentes.

— Moi ! je ne ferais que déranger. Mais, peut-être, serais-je également de trop ici ? Ma tante me renvoie toujours quand elle fait ses achats : elle prétend que je la tourmente et que je la gêne. Mlle Woodhouse paraît partager cette manière de voir !

— Je ne suis pas ici pour mon propre compte, j’attends Mlle Smith ; elle aura sans doute bientôt terminé ses emplettes. Mais vous feriez mieux, il me semble, d’accompagner Mme Weston et de participer à l’audition.

— Soit ! Je suivrai votre conseil, mais, ajouta-t-il en souriant, supposons que le colonel Campbell