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Page:Augier - Théatre complet, tome 5, 1890.djvu/64

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Madame Maréchal.

Et ce fleuve, c’est ?…


Maximilien.

Sa dot !… dont elle ne manquerait pas de me croire amoureux. Les jeunes fille riches… brr ! Le frôlement de leur robe ressemble à un froissement de billets de banque ; et je ne lis qu’une chose dans leurs beaux yeux : « La loi punit le contrefacteur. »


Madame Maréchal.

J’aime à vous voir dans ces idées-là ; je vous avais bien jugé. Il faut le dire, hélas ! on ne trouve plus cette fermeté de sentiments que chez les hommes élevés à l’école de l’adversité.


Maximilien.

Mais non, madame ! c’est le seul maître qui m’ait manqué, grâce à mon cher protecteur.


Madame Maréchal.

Ne rougissez pas d’avoir connu la misère, monsieur Maximilien ; pas devant moi, du moins.


Maximilien.

Ni devant vous, madame, ni devant personne. Mais, en vérité, si je l’ai connue, c’est à l’âge où on ne la comprend pas, et je ne m’en souviens plus. Il ne me reste de mon enfance qu’une impression désagréable, celle du froid ; et encore, comme je voyais des engelures aux mains de tous mes petits camarades, j’aurais été humilié de n’en pas avoir : (Souriant.) j’en avais.


Madame Maréchal.

Il sied bien à un homme de plaisanter de ses épreuves : la gaieté est la forme la plus virile du courage.